Mardi 23 Octobre
Les salariés agricoles au début du 20 ème siècle dans notre département.
 (Extrait du livre "Enquête sur les salariés agricoles" Paris, imprimerie nationale 1912)
Cette enquête était adressée aux professeurs départementaux d'agriculture.
 
Le département du. Loiret comprend cinq régions agricoles, nettement caractérisées, par la nature géologique de leur sol, le régime des eaux et les cultures
 
1 ° La Beauce ( orléanaise et pithivérienne )
2° Le Gâtinais;
3° Le Val de Loire;
4° La Sologne;
5° La Puisage.
 
LA BEAUCE.
 
Le nombre total des salariés est de 6,417.
C'est la catégorie des domestiques et servantes de fermes qui est la plus nombreuse; ainsi, dans l'arrondissement de Pithiviers, il existe 715 ouvriers non propriétaires et 2220 domestiques et servantes.
Le nombre des salariés tend à diminuer. Voici les raisons de cette diminution:
Les ouvriers déjà propriétaires cherchent à arrondir leur bien ou à prendre des petites fermes suffisantes pour les occuper toute l'année;
Les ouvriers non propriétaires préfèrent travailler en ville, ou dans les usines locales, où ils comptent trouver des salaires plus élevés et davantage de bien-être;
Les fils de petits propriétaires ou de propriétaires journaliers recherchent des emplois dans les administrations publiques ou privées;
Beaucoup de jeunes gens qui travaillent dans les fermes avant leur service militaire, ne reviennent pas à la terre. Ils deviennent cochers, valets de chambre ou employés de magasins;
Enfin la natalité diminue.
 
Salaires des journaliers (avec nourriture).
Hiver et automne 200 à 250 francs.
Printemps. 300 francs
Eté. 400 à 600 francs
Les bûcherons à la tache gagnent approximativement 4 francs par jour (non nourris);
 
Gages des domestiques (Nourris et logés.) Salaire annuel
Charretiers 600 à 800 francs
Bergers. 400 à 600 fracs
Domestiques ordinaires (suivant l'âge) . 350 à 450 francs
Servantes 250 à 400 francs
 
Durée de la journée de travail
Hiver : 9 heures;
Eté : 12 et quelquefois 14 heures;
Autres saisons : du lever au coucher du soleil, avec interruption de deux à trois heures pour les repas.
 
La nourriture est bonne. Vin à tous les repas pendant les gros travaux.
Les domestiques couchent dans des lits installés dans les étables. Les servantes couchent dans des chambres.
Il n'existe pas de métayers. Les fermages ont augmenté pour toutes les exploitations, grandes ou petites, dans de sérieuses proportions : 15% environ. Ce qu'on payait 60 francs l'hectare (impôts en sus) il y a dix ans, se paye maintenant 70 francs (impôts en sus).
Les petits propriétaires journaliers se trouvent dans une situation prospère. Ils gagnent beaucoup d'arpent en travaillant chez leurs voisins et, saisissent toutes les occasions pour arrondir leur bien.
L'exode vers les villes se produit surtout parmi les journaliers non propriétaires et les domestiques.
Les journaliers petits propriétaires sont très attachés au sol, ils augmentent leur patrimoine, pour arriver à travailler exclusivement sur leurs terres. Ils s'agrandissent aux dépens de la grande propriété ou des petites cultures, dont les héritiers, fonctionnaires ou employés, vendent leur part, après héritage.
 
Dans toute la Beauce, les gros et moyens cultivateurs remplacent la main d'œuvre locale, toujours insuffisante, par des ouvriers belges et quelques bretons.
Le nombre de ces étrangers atteint 782, dont 502 pour la Beauce pithivérienne et 280 pour la Beauce orléanaise. Il reste stationnaire; depuis quelque temps il se produit même une légère diminution.
Tous ces ouvriers travaillent â la tâche. Sans eux, le binage des betteraves à sucre et le sapage des récoltes versées seraient presque impossibles. Ils se rendent très bien compte de la situation dans laquelle se trouvent leurs employeurs; aussi n'hésitent-ils pas à exiger des salaires très élevés. Pendant la moisson ils gagnent 10 francs par jour; durant les autres travaux ils se font une moyenne de 6 francs. Ils sont logés et on leur trempe la soupe.
Les résultats fournis par cette main-d'œuvre sont excellents. Les Belges travaillent beaucoup et consciencieusement; ils sont peu exigeants pour le logement. C'est une main-d'œuvre très chère mais absolument indispensable.
 
Il n'y a jamais de chômage pour les ouvriers ruraux.

LE GÂTINAIS
.
 
Le nombre total des salariés atteint 6028 il se répartit ainsi
Journaliers.. non propriétaires. 1829
Journaliers Petits propriétaires. 1021
Journaliers Domestiques et servantes. 3178
 
C'est la catégorie des domestiques qui est la plus nombreuse.
La main-d'œuvre tend à diminuer. Les raisons de la diminution du nombre des salariés agricoles sont sensiblement les mêmes que pour la Beauce.
Les enfants, employés trop jeunes aux travaux des champs, les trouvent très fatigants et s'en dégoûtent. Ils profitent de leur séjour en ville, au moment du service militaire, pour chercher un emploi dans les usines ou les administrations privées. Les autres entrent au chemin de fer, aux postes, etc., où ils sont attirés par la régularité du travail et par la retraite.
Le manque d'enseignement agricole dans les écoles primaires et aux cours d'adultes fait que les jeunes gens ignorent le plus souvent les bénéfices qu'ils pourraient retirer d'une culture rationnelle. La vulgarisation des meilleures méthodes par les conférences des professeurs d'agriculture est insuffisante; il faudrait la compléter par de nombreuses écoles d'agriculture d'hiver et par l'enseignement ménager.
Les jeunes filles préfèrent devenir femmes de chambre, couturières, bonnes à tout faire, plutôt que de continuer à travailler dans les fermes.
d). La situation des propriétaires journaliers est devenue plus prospère; ils ont acheté des terres et travaillent exclusivement sur leur bien.
Diminution de la natalité.
 
Salaires des journaliers. ( Avec nourriture. )
 Printemps et automne. 300 â 360 francs.
 Été 400 à 6 00 francs
 Hiver 260 franc
 
Gages des domestiques. Salaires annuels (Nourris et logés.)
Charretiers. 600 à 800 francs
Domestiques ordinaires 400 à 600 francs
Servantes (selon l'âge) . 250 à 360 francs
Hommes avec un cheval, 10 francs par jour plus la nourriture
Hommes avec deux chevaux, 16 francs par jour plus la nourriture
 
La durée de la journée est de
En hiver: 9 heures;
En été : 12 et quelquefois t 4 heures;
Autres saisons : du lever au coucher du soleil, avec interruption de trois heures, au moment des repas.
 
La nourriture, suffisante, est saine et bonne. Vin à tous les repas pendant les gros travaux. Les domestiques couchent dans des lits installés dans des écuries généralement mal aérées. Les servantes couchent isolément dans des chambres.
 
Il n'existe pas de métayers. Les fermages ont beaucoup augmenté en ces dernières années ( 10 p. 100 environ). Cette hausse et celle des salaires ont rendu précaire la situation des exploitants.
Il n'existe pas de petits propriétaires journaliers qui quittent leurs cultures; au contraire, tous cherchent à augmenter la surface de leur propriété, pour ne plus aller en journées.
Les propriétaires journaliers achètent les terres provenant des grandes exploitations ou des petits domaines délaissés par leurs héritiers, qui ont préféré des emplois de l'État, ou dans les administrations privées.
Dans la partie du Gâtinais avoisinant la Beauce (cantons de Puiseaux et Beaune-la-Rolande), les agriculteurs occupent environ 211 ouvriers belges, soit aux betteraves, soit aux moissons. Les conditions et les résultats sont les mêmes que ceux signalés pour la Beauce.
Il n'existe pas de chômage dans la région.
 
RÉGION. - VAL DE LA LOIRE.
 
Le nombre des salariés est de 3596.
Parmi ceux-ci, c'est la catégorie des domestiques et servantes qui est la plus nombreuse.
La main-d'œuvre reste stationnaire dans le val de l'arrondissement de Gien ; elle diminue dans la plupart des communes de l'arrondissement d'Orléans.
Dans le val de l'Orléanais, la crise phylloxérique et les mauvaises récoltes de vins ont causé l'émigration des jeunes gens qui se destinaient à l'agriculture. Les mêmes raisons citées pour la Beauce et le Gâtinais se retrouvent ici.
 
Salaires journaliers. (Avec nourriture.)
Eté , 400 à 450 francs.,.
Hiver 200 francs
Printemps et automne. 250 à 350
 
Gages des domestiques, salaires annuels (Nourris et logés.)
Hommes (suivant l'âge à partir de 16 ans) 35o à 65o francs.
Servantes (suivant l'âge à partir de 16 ans) 250 à 350 francs
Ouvrier avec un cheval : 10 francs par jour plus la nourriture.
Ouvrier avec deux chevaux : 16 francs par jour plus la nourriture.
 
La durée moyenne de la journée est
Hiver. 8 à 9 heures.
Printemps et automne. 10 à 11 heures
Eté. 12 14 heures
 
Les domestiques et les servantes vivent le plus souvent à la table du maître, sauf dans les grandes exploitations. La nourriture est bonne. Les journaliers d'été sont très bien traités. On donne, à tout le personnel, du vin aux divers repas pendant les gros travaux.
Le couchage s'est beaucoup amélioré depuis dix ans. Les domestiques couchent dans des lits installés dans les étables.
Il y a augmentation très sensible des prix de fermage depuis sept ou huit ans (6 à 8 p, 100 environ).
II n'existe pas de petits propriétaires métayers qui désertent la campagne. Ils cherchent au contraire à augmenter la surface de leurs terres.
La main-d'œuvre nomade est rare dans les fermes du Val. Les pépinières orléanaises occupent une centaine de jeunes gens et de salariés adultes qui viennent, pour la plupart, des autres régions du département. Quelques étrangers. Mains-d'œuvre de plus en plus exigeante sous le rapport des salaires.
Le chômage n'existe pas dans la région.
LA SOLOGNE.
 
Le total des salariés est de 3124.
Parmi ceux-ci c'est la troisième catégorie qui est la plus nombreuse, puis vient la première.
La main-d'œuvre est stationnaire avec légère tendance à la diminution. L'émigration était beaucoup plus importance il y a vingt ans. Les raisons sont les mêmes que celles données pour les autres régions. L'amélioration du sol, par les amendements et les engrais, s'est traduite par de meilleurs rendements dans toutes les récoltes. Les bénéfices culturaux ont augmenté dans de sérieuses proportions; c'est une raison suffisante pour retenir les fils des petits propriétaires sur le domaine paternel.
 
Salaires journaliers. (Avec nourriture.)
 Hiver 175 à 250 francs.
 Printemps et automne 250 à 300 francs
 Été 350 à 400 francs
 
Les gages des domestiques salaires annuels. ( Nourris et logés. )
Hommes (suivant l'âge et la force à partir de 16 ans) 400 à 700 francs.
Servantes 250 à 350
Un homme avec un cheval est payé 10 francs par jour, nourriture en plus.
Un homme avec deux chevaux est payé 15 francs par jour, nourriture en plus.
 
La durée de la journée de travail est la même que dans les autres régions.
La nourriture est généralement bonne. Les domestiques couchent dans des lits installés dans les écuries et les servantes dans des chambres.
Les conditions de fermage sont acceptables. Le mouvement de hausse des fermages, signalé pour les autres régions, s'est reproduit ici avec moins de rapidité et d'importance.
II n'existe pas de petits propriétaires journaliers qui quittent leur culture; ils cherchent au contraire à augmenter la surface de leurs terres.
La main-d'œuvre nomade est rare.
Le chômage n'existe pas; les ouvriers agricoles trouvent facilement à s'occuper dans les bois qui occupent une surface importante dans cette région.
 
LA PUISAYE.
 
Le total des salariés est de 2188, qui sont répartis ainsi
 Journaliers-Non propriétaires. 804
Journaliers Petits propriétaires. 194
Domestiques et servantes 1190
 
Le nombre des salariés, après avoir beaucoup diminué, reste maintenant stationnaire.
La rareté de la main-d'œuvre a déterminé une hausse appréciable des salaires qui donne désormais satisfaction aux ouvriers.
Le salaire et la durée de la journée de travail sont les mêmes que pour la Sologne.
 
La nourriture est excellente pour tous les salariés. Vin à tous les repas en été. Le couchage à la paille constitue une exception. Dans presque toutes les exploitations, les domestiques couchent dans des lits installés dans les étables. Les servantes couchent dans des chambres.
 
Il existe peu de métayers. La hausse des fermages est déterminée par l'abondance des offres. Les prix sont supportables pour les grosses exploitations. Tous les gros fermiers de la région paraissent, en effet, gagner de l'argent. La location est exagérée pour les moyens et petits domaines. Les exploitants fournissent beaucoup de travail, payent très cher leurs ouvriers et gagnent peu.
 Voici les prix de fermage
Prix de l'hectare
Pour ferme de plus de 50 hectares 45 francs.
De 15 à 50 hectares 55 francs
Petit domaine 65 à 70 francs
 
Il n'existe pas de petits propriétaires métayers qui désertent leurs cultures. Ils achètent des terres provenant des grandes exploitations ou des petits domaines délaissés par leurs héritiers.
 
La main-d'œuvre nomade est rare.
Le chômage n'existe pas dans la région.